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Agassi

  • traveltothemoon
  • 27 nov. 2016
  • 4 min de lecture

Non, mon article n'a rien à voir avec le célèbre joueur de tennis américain André Agassi. Agassi signifie "jeune fille" en coréen et c'est le titre original du film du Coréen Park Chan-wook que je suis allée voir mardi. Mademoiselle est une adaptation du roman policier britannique Fingersmith (Du bout des doigts) de Sarah Waters qui est paru en 2002 et que je suis en train de lire.

C'est une histoire de complot, de trahison, de manipulation et de vengeance, thème de prédilection du cinéaste. Park Chan-wook a transposé l'intrigue de l'Angleterre victorienne à la Corée et au Japon dans les années 1930. Un escroc qui se fait passer pour noble fait engager une jeune Coréenne comme servante d'une jeune Japonaise riche, plus ou moins séquestrée par un oncle érotomane et bibliophile. La mission de la Coréenne est de convaincre sa maîtresse d'épouser le bel escroc qui l'arracherait, ainsi, des griffes du fan du marquis de Sade, avec défense de lui révéler, bien sûr, qu'une fois mariée, elle atterrirait dans un asile de fous pour que l'escroc, enfin riche, fasse les quatre cents coups avec sa fortune. Mais rien ne va se passer comme prévu...

J'ai beaucoup aimé ce film. J'ai aimé le jeu de dupes et de mensonges, où le spectateur est aussi manipulé que les personnages. J'ai aimé la narration de l'intrigue construite sur des ellipses - le récit est divisé en trois parties qui proposent à tour de rôle une vue d'ensemble différente. J'ai aimé la beauté de l'image, aussi subtile, fine et raffinée qu'une estampe japonaise, surtout dans la première partie où chaque plan ressemble à un tableau. J'ai aimé l'ambiance superbement reconstituée par de magnifiques décors et de belles musiques classiques. Enfin, j'ai aimé les deux actrices qui ont eu le courage de tourner des scènes érotiques très osées.

La première partie est sans doute la plus envoûtante et la plus captivante. Les jeux de regards, les gros plans, les "travelling" sont ingénieusement choisis avec un sens du détail incroyable et rendent la mise en scène somptueuse et brillantissime. Les scènes érotiques où les corps s'entrelacent ou comme deux cygnes forment un coeur, sont esthétiquement belles.

La deuxième partie donne un autre point de vue sur l'histoire, elle est plus noire et plus sombre car elle montre la perversité des hommes.

La troisième partie offre un dernier point de vue et une autre révélation.

Malgré son côté sombre, le film n'est ni dénué d'humour ni de gags et même la scène où l'oncle inflige des souffrances à l'escroc qui se fait passer pour un comte japonais, se termine par une réplique drôle « Je meurs, mais au moins avec ma bite entière ». Le fait de terminer cette scène par cette parole et par un dernier rebondissement efface les doutes du spectateur quant à son utilité dans le récit.

Vous l'avez compris, ce film m'a troublée, captivée, séduite. Il fait partie de ces films que l'on n'oublie pas de si tôt. C'est un film esthétiquement très beau qui se regarde comme on contemple une toile de maître ou comme on savoure un morceau de musique. C'est une oeuvre d'art, troublante et magnétique. C'est un magnifique drame romanesque d'une grande sensualité, un hommage aux femmes puisque le cinéaste les montre fortes, émancipées et libérées des hommes. Park Chan-wook est un très grand manipulateur et un virtuose du septième art.

En famille nous sommes allés voir Miss Peregrine et les enfants particuliers de Tim Burton et nous l'avons trouvé, comment dire, particulier! Pour ma part, je m'attendais à un film exceptionnel et c'est pour cela que je suis sortie un peu déçue. Au final c'est un film pas mal et je vous explique pourquoi avec les points positifs d'abord.

Premièrement, on retrouve bien l'univers de Tim Burton qui est aussi étrange que sombre et inquiétant avec de belles trouvailles. Les singularités fantastiques des enfants, par exemple, créent toujours un effet de surprise car elles sont en décalage avec leur côté innocent et fragile.

Deuxièmement, c'est quand même une belle expérience visuelle: la photographie et la lumière sont belles, les décors et les paysages sont superbes, avec une mention spéciale pour le manoir gothique victorien.

Ensuite, j'ai apprécié les touches d'humour disséminées par-ci par-là.

Enfin, j'ai trouvé la première partie du film réussie et prometteuse: elle introduit une histoire intéressante qui est clairement une métaphore de la traque des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Les monstres décrits par le grand-père sont en réalité les nazis et les enfants particuliers les enfants juifs qui se cachent pour leur échapper. Malheureusement la métaphore est purement décorative et on peut regretter qu'elle ne soit pas du tout exploitée: l'histoire est avant tout fantastique et mystérieuse.

Dans la deuxième partie on bascule donc dans un univers à la fois merveilleux et angoissant mais la magie n'opère pas vraiment. J'ai été ni émerveillée ni inquiétée car le film ne transmet aucune émotion. Le personnage principal ne semble pas vraiment perturbé par les singularités magiques des enfants et n'est pas plus angoissé par le reste. Du coup, on a du mal à s'attacher à lui et à être ému.

Et puis certains moments sont ratés comme la scène du combat final dans la fête foraine sur fond de musique électro que j'ai trouvée carrément laide et pitoyable. Tim Burton y est même présent en caméo, preuve de son manque d'implication. Samuel L. Jackson dont les répliques sont quand même drôles (heureusement!) est tellement décalé et grotesque qu'il n'est pas très convaincant en méchant. D'ailleurs on a l'impression de se retrouver dans le film Kingsman tant son jeu est identique à celui du méchant cinglé qu'il y incarnait.

Bref, c'est un film divertissant sans aucun doute mais malheureusement pas mémorable.

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